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La diversité, accélérateur de l'entrepreneuriat tech bruxellois

Tanguy Vanderlinden - CEO Ubiz accelerator
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Tanguy Vanderlinden

L’interaction. C’est selon sa complexité et sa richesse qu’on peut mesurer le potentiel d’innovation dans une société. Une société dans laquelle il y a interaction avec un champs lexical qui grandit est une société qui évolue, crée et découvre. Bruxelles, la deuxième ville la plus multiculturelle au monde (après Dubaï) est plurielle de pensées, de langues, d’intérêts, de compétences et de milieux sociaux. Outre le fait d’être une ville de diversités, Bruxelles est aussi une multitude de lieux d’idées, d’idéaux et de débats.

Ce constat objectif suscite pourtant un questionnement légitime : Bruxelles est-elle une ville avec des communautés qui échangent, collaborent et construisent, ou sommes-nous face à un phénomène de vases clos - de silos culturels et professionnels, voire de castes imperméables ? En d’autres termes, face à cette diversité, bénéficions-nous des effets positifs de la différence ?

Mon avis est “pas assez”. Ce sentiment est renforcé à la lecture de divers classements de “villes européennes les plus innovantes” où Bruxelles apparaît régulièrement en dehors du top 20.

En tant que citoyen, entrepreneur et consommateur à vocation responsable, je crois fortement en (l’excellence dans) la diversité comme moteur de créativité, source d’innovations et de succès entrepreneuriaux. L’objectif de cette Carte blanche est de tracer un chemin plausible et vertueux de l’entrepreneuriat via une thématique technologique. Un chemin.

La base de départ est de rassembler un maximum de diversités en un lieu, de trouver un cadre où elles peuvent exprimer leurs potentiels. La mise en place et l'animation au sein de plateformes ouvertes à thèmes globaux sont un excellent moyen. Tout ce qui a trait à la technologie peut être considéré comme une pierre angulaire très pertinente. Beaucoup de plateformes sur ce sujet existent heureusement déjà à Bruxelles, ayant vu un foisonnement d’initiatives ces dernières années (BeCentral, Digityser, Molengeek, Microfactory, fablab Imal / Erasmus, Icab, Casernes, Betech, etc.) où l’anglais, petit à petit, s’impose comme lingua franca. Toutes sortes de profils (entrepreneurs, technique, artistes, hobbyistes, évangélistes, curieux, auto-didactes, étudiants, ...) s’y retrouvent - un formidable melting pot, un échantillon de la société tech belge.

Outre la raison évidente d’opportunités économiques, le grand avantage de la technologie est qu’elle est cet arbitre que la subjectivité et/ou autres croyances préétablies ne peuvent pas brider. 0 ou 1. Ça fonctionne ou pas. Le talent n’a pas d’identité, surtout lorsqu’un débat passionné s’opère sur des approches techniques différentes face à un même problème. Le respect s’installe à compétence égale, avec un échange qui profite à chacun. Pour évoluer et grandir, il faut pouvoir interagir avec ses pairs en toute liberté et compétence, se confronter à des approches différentes, des tissus sociaux et culturels différents et ce, que l’on soit une startup, une entreprise, un indépendant ou un passionné. Le partage, l’entraide sont des caractéristiques inhérentes aux technologies de  l’informatique.

Inversément, le grand écueil de la technologie - essentiellement dû à la dynamique économique actuelle, effrénée - est qu’elle peut “parfois” déshumaniser, isoler, devenir une fin en soi, avec une valeur “négative” sur le long terme pour la société. 0 ou 1, sans concessions ni sentiments, ni émotions ou considération pour la société en tant que telle … Remporter des victoires sur des défis techniques est parfois tellement grisant que l’on peut parfois perdre de vue bien des objectifs sociétaux, la tyrannie du chiffre qui nous mène parfois à exploiter les failles humaines sujettes à l’addiction.
Ces dérives potentielles sont encore relativement contenues ici sur Bruxelles, de par l’ouverture de ces plateformes à thèmes. Bruxelles - composée d’une pléthore de cerveaux, de camps, de nationalités, d’origines, de cultures, d’humeurs et d’avis présents - offre un avantage (ultra-) compétitif concernant la réflexion éthique de haut niveau sur pratiquement tous les sujets ayant trait au citoyen et à son rôle dans la cité. Avoir accès à ces personnalités dans un rayon de 10km est une chance formidable pour faire évoluer des idées, des décisions, des concepts, car à Bruxelles, c’est possible.

Un phénomène d’osmose existe entre ces différentes communautés de compétences techniques et d’idées, mais nous restons encore trop à un niveau abstrait de créativité. Cela manque de concrétisation locale pour atteindre ce titre “d’innovation”, voire d'entreprise pérenne.

Le terreau est présent, mais une étincelle de vie manque encore. Une étincelle présente dans les autres villes européennes plus innovantes. Outre un travail de fonds dans des formats d’éducation toujours plus alternatifs, une intensification de réseautages mixtes, une fiscalité plus adaptée, un libéralisme plus affirmé, une recherche de profit assumée et socialement valorisée, quelle pourrait être cette étincelle essentielle qui pourrait déclencher un cercle vertueux d’innovation ?

Quid du partage d’expérience ? En effet, celle-ci est une source d’inspiration qui peut nourrir cette ambition, lui donner des directions, lui ouvrir des champs du possible. Côtoyer un regard ouvert au-delà de nos multiples frontières internes, c’est élargir sa propre vision. Plus précisément, avoir la possibilité d’être conseillé par un entrepreneur expérimenté et chevronné ayant déjà ouvert la voie, c’est un gain de temps et des chances plus élevées de succès.

Atteindre une valorisation de 5 à 10 millions d’€ est un objectif atteint par quelques entrepreneurs bruxellois. Au-delà de 50 millions d’€ - un “plafond de verre” - on parle d’une véritable terra incognita. Ce cheminement demande des compétences très spécifiques, un écosystème local avec des ramifications et des expertises globales, une fiscalité adaptée, une maturité qui n’est pas innée et qui, dans la plupart des cas, doit être aussi accompagnée. Avoir des projets qui grandissent et deviennent des entreprises qui dépassent des valorisations toujours plus hautes, c’est agrandir un écosystème de faiseurs, d’entrepreneurs, de compétences, une moyenne de base de valorisation. C’est également créer une concurrence qui favorise la bonne gestion, c’est toute une communauté qui évolue.

C’est sur cet objectif ambitieux d’accompagnement expérimenté et de développement d’affaires international (biz dev) que l’accélérateur Ubiz se positionne. L’accélérateur - dont le début des opérations est pour Q2 2019 à Bruxelles - se focalise sur des thématiques sociétales /industrielles ainsi que sur l’Afrique. Les startups/ voire les scaleups avec un management solide ayant déjà développé du chiffre d’affaires et désireuses de se développer à l’international font partie de notre public-cible.

En conclusion, Bruxelles est aujourd’hui un terreau avec tous les ingrédients nécessaires pour un écosystème d’innovation solide avec - signe potentiellement distinctif des autres villes - un impact sociétal positif fort. Ce qui lui manque est une inspiration de vie, un électrochoc qui remette en cause cet équilibre confortable. L’inspiration via un partage d’expérience de haut niveau sera pour moi cette étincelle qui poussera les entrepreneurs à considérer Londres, Paris, Berlin, Amsterdam comme des marchés logiques et des allers-retours réguliers, qui ouvre aux contrats d’envergure, qui donne l’énergie en cas de coups durs, qui permette la vision de la croissance externe (acquisition ?), qui engage et forme du personnel, qui investit dans les produits de demain, qui se lance en bourse, … bref qui pousse à se surpasser.

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