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Démocratie « liquide » et solution informatique

démocratie

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La notion même de démocratie se voit quelque peu remise en question ces dernières années, que ce soit par le résultat parfois interpellant des élections (pensons à l’actuel Président élu des Etats-Unis ou au futur Chancelier autrichien) ou par une démarche plus conceptuelle (l’ouvrage Contre les élections* est un bon exemple) .

Sans entrer dans un débat de philosophie politique, il est cependant légitime de s’interroger sur la relation que peuvent entretenir l’évolution technologique – en l’occurrence la blockchain -  et le cheminement de notre démocratie.

Rappelons d’abord le modèle démocratique dans lequel nous fonctionnons, à savoir la démocratie représentative. Ce modèle nous semble évident : le peuple élit ses représentants; ceux-ci, armés d’un mandat, siègent au sein d’une assemblée pour une durée déterminée. A l’image de processus de ce type durant l’Antiquité, des initiatives ressurgissent pour enrichir cette démocratie représentative élective au moyen d'un panel de représentants qui seraient tirés au sort. Idée séduisante, faisant notamment l’objet des propositions de David Van Reybrouck, et qui suscite de nombreux débats. Le Parlement bruxellois vient, d’ailleurs, de s’en inspirer en créant un panel de 40 citoyens tirés au sort, afin de débattre de la mobilité à Bruxelles. Mais il s’agit là d’une groupe de réflexion, qui alimentera de recommandations les élus, pas une démarche décisionnelle directe.

En matière de démocratie, les modèles sont nombreux. La démocratie délégative  mérite qu'on s’y arrête. L’objectif est d’éviter les principaux écueils de la démocratie directe (ignorance de nombreux électeurs sur des sujets pointus, par exemple) ou ceux de la démocratie représentative (sentiment de l’électeur de donner un blanc-seing au représentant pour toute la durée de son mandat, sans plus de prise sur la décision).

La démocratie délégative, aussi appelée démocratie « liquide », consiste à combiner le vote direct ou la possibilité de se faire représenter par un délégué. Selon le sujet nécessitant un vote, l’électeur peut voter directement pour une proposition, choisir un représentant en qui il a confiance et à qui il confie sa voix. Ce dernier peut lui-même utiliser ces voix, ou les reporter sur un autre délégué, jugé  plus compétent. Le schéma ci-dessous illustre les mécanismes mentionnés.

Source: Dominik Schiener, Medium.

Les variations sur base de ce modèle sont nombreuses, et bien plus complexes que la brève introduction ci-dessus. Il y a, d’ailleurs, des différences notables entre démocratie liquide et démocratie délégative, mais à ce propos,  je vous renvoie aux textes Bryan Ford**.

Mais quel lien entre démocratie «  liquide » et solution informatique ?

Assez évident, en fait. La démocratie liquide exige un système de vote transparent, rapide, sécurisé et souple, permettant, entre autres, de désigner un délégué, qui lui-même peut en désigner un autre ... De plus, la démocratie liquide s’inscrit dans un modèle décentralisé.
La blockchain, en tant que technologie, répond à ces critères. Inutile d’en rappeler ici les caractéristiques essentielles : deux blogs antérieurs***  y ont été consacrés.

Dans l’écosystème de la blockchain, différentes solutions de vote ont été créées : par exemple BitCongress, reposant sur Bitcoin. FollowMyVote constitue un autre exemple célèbre.

Plus près de nous, en Allemagne, la plateforme LiquidFeedback (LQFB) est utilisée, notamment par les partis Pirate. LQFB est une plateforme open source, qui couvre des processus de vote, mais également de construction collaborative de propositions. L’outil permet aux participants de déléguer leurs voix à des représentants.

A titre d’exemple, LiquidFeedBack a été utilisé en Italie, dans le cadre de l’élection du Conseil régional de Lombardie, en 2012°. L’objectif poursuivi par cet outil  n’était pas de recueillir le vote pour l’élection proprement dite, mais de proposer aux citoyens de participer activement à l’élaboration de propositions qui seraient mises en œuvre par le candidat élu.

Certes, la technologie ne règlera pas les problèmes de démocratie, mais l’on perçoit clairement la volonté de nombreux citoyens de contribuer activement à l’évolution de la société, sans nécessairement s’engager dans un parti politique. Les outils soutenant ces démarches existent, et ne nécessitent pas des moyens techniques importants pour être mis en œuvre.

Un an avant les élections communales, deux ans avant les échéances régionales, fédérales et européennes, de telles initiatives verront-elles le jour à Bruxelles ?

 

* DAVID VAN REYBROUCK, Contre les élections, Actes Sud, 2014.

** BRYAN FORD, http://bford.github.io/2014/11/16/deleg.html et www.brynosaurus.com/deleg/deleg.pdf

*** FRANCOIS LAMBERT, Blockchain massacre & HAKIM HAFSIA, Bitcoin : la révolution

° FIORELLA DE CINDIO, STEFANO STORTONE, Experimenting LiquidFeedback for Online Deliberation in Civic Contexts, Springer berlin Heidelberg, 2015.

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