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Trafics en eaux profondes…

Une des grandes aventures technologique et humaine du monde moderne

Lorsqu’il lance, en 1857, une première tentative pour établir une liaison télégraphique entre l’Europe et les États-Unis, l’américain Cyrus Field, qu’on aurait pu imaginer dans la peau d’un de ces grands personnages de fiction créés par Jules Verne au XIXème siècle, ne se doute probablement pas qu’il va devenir un des pionniers d’une des grandes aventures technologique et humaine du monde moderne.

Même s’il ne fonctionna que 18 jours avec des performances qui peuvent nous sembler ridicules (99 mots transmis en 16 heures), la pose de ce premier câble télégraphique sur le fond de l’océan Atlantique allait marquer le démarrage d’un phénomène de mondialisation de la communication qui atteint son apogée à l’heure actuelle avec le développement d’Internet.

On ignore généralement que 99% des communications intercontinentales sont assurées aujourd’hui par environ un million de kilomètres de câbles sous-marins répartis dans +/- 340 réseaux reliant l’ensemble des continents.

Comment en est-on arrivé là ?

On identifie généralement trois périodes dans l’histoire des câbles sous-marins de communication.

La première période s’étale approximativement de 1840 à 1950. Elle s’appuie sur l’utilisation de câbles en cuivre.

La seconde commence vers 1950 avec le développement de la téléphonie transportée par des câbles sous-marins coaxiaux.
Cette période se termine à la fin des années 1980 avec l’avènement des câbles sous-marins en fibre optique. Les performances de cette technologie vont alors favoriser le développement d’Internet de manière extraordinaire. En 1988, la première liaison transatlantique par fibre optique offrait une bande passante de 280 Mbit/s  correspondant +/- à 40.000 communications téléphoniques simultanées.

Une technologie en pleine expansion…

Comme le faisait remarquer récemment le journal Le Monde, la demande pour de nouvelles connexions sous-marines devrait s’accroître au cours des prochaines années, grâce notamment à l’arrivée en force de nouveaux acteurs parmi lesquels figurent plusieurs géants américains du Web qui ouvrent de nouvelles routes numériques pour satisfaire les besoins en communication.

On estime que trente-cinq nouveaux réseaux sous-marins en fibre optiques devraient être mis en chantier au cours des deux prochaines années.
Philippe Dumont, président de la société Alcatel-Lucent Submarine, leader mondial des câbles sous-marins, faisait remarquer il y a peu que le trafic Internet augmentait chaque année de 20 % à 25 % au niveau mondial, mais de près de 40 % sur les routes reliant les Etats-Unis au reste du monde. Cette croissance est en grande partie générée par Google, Facebook et Microsoft, via notamment leurs applications vidéo.

Des enjeux économiques et géostratégiques importants…

Comme nous venons de le voir, l’essor phénoménal d’Internet favorise la multiplication des projets de câbles sous-marins qui connectent l’ensemble des pays et des continents.

Plusieurs projets récents confirment le dynamisme de l’industrie des câbles sous-marins de communication.

Un câble d’une capacité de 144 Tbps vient, par exemple, d’être mis en service sur le fond de la mer Baltique pour relier la Finlande et l'Allemagne. Ce câble permet de connecter au reste de l’Europe les data centers finlandais qui profitent d'un climat froid, d'une électricité bon marché et d’une législation stricte sur l’usage des données.

On constate également une multiplication significative de projets dans la zone Asie-Pacifique poussés là aussi par plusieurs géants du Web.

Google a investi dans plusieurs câbles vers l’Asie, en partenariat avec des compagnies télécoms locales. Le dernier en date, Faster doit relier cette année la côte ouest des Etats-Unis au Japon et à Taïwan. Long de 9.000 km, il coûtera environ 300 millions d’euros et aura une capacité de 60 Tbps.
Microsoft et un groupe d’opérateurs asiatiques ont lancé la construction de New Cross, un câble transpacifique entre les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la Corée du Sud.

Facebook participe au financement d’un câble régional, Asia Pacific Gateway, reliant la Malaisie, la Corée du Sud, le Japon, Singapour et la Chine.

Et last but not least, Amazon vient de lancer son premier investissement dans un projet de câble sous-marin qui doit relier les Etats-Unis à l’Australie et la Nouvelle-Zélande à partir de 2018.

La société chinoise Huawei, de son côté, via la joint-venture Huawei Marine Networks, est devenue en quelques années un acteur majeur dans le domaine de la pose et de l’exploitation de réseaux de câbles sous-marins. Elle est notamment très active en Afrique.

Géographie des câbles sous-marins de communication…

Pour terminer, je recommande vivement la consultation du site http://www.submarinecablemap.com qui permet de découvrir la géographie des câbles sous-marins de communication.

Ce site présente de manière interactive sur un fond de carte Google l’ensemble des câbles sous-marins répertoriés dans le monde.

Une interface graphique permet de sélectionner et de visualiser chaque câble et de consulter une série de données associées.

On apprend que la Belgique est connectée au « reste du monde » au moyen de quatre câbles. Les points de connexion sont situés à Ostende, Bredene et Zeebrugge. L’un de ces câbles (Tangerine) est sans doute l’un des plus longs qui est répertorié sur le site. Il mesure environ 39.000 km. Il relie quatre continents en passant par de nombreux pays (Allemagne, Belgique, France, Maroc, Egypte, Inde, Birmanie, Chine,  Corée du Sud, Australie…) et en empruntant des zones maritimes sensibles qui ne sont pas sans risques (Manche, Golfe de Suez, Mer Rouge, Golfe d’Aden, Détroit de Malacca, Mer de Chine…). À n’en pas douter, ce câble y est exposé comme beaucoup d’autres à toutes sortes de périls (tremblements de terre, pannes, sabotages, espionnage, accidents de pêche, attaques de requins…).

Un examen attentif de la carte montre que certains pays comme la Corée du Nord ne sont pas connectés.

On s’aperçoit que la Crimée, bien avant que ne soit achevé le pont qui doit permettre à sa population de se rendre en Russie, y a été reliée par un câble sous-marin immédiatement après son rattachement en 2014.

Étant donné la croissance quasi exponentielle du Web, on peut s’attendre à voir cette carte se densifier dans les prochaines années. Fort probablement, de nouveaux câbles apparaîtront aussi aux abords des Pôles.

Au-delà de l’aspect purement cartographique, ce site est sans doute un bon indicateur de l’évolution de la mondialisation.

Pour en savoir plus…

Dans son 1er numéro paru en 2016, la revue « Reliefs » a consacré un article rédigé par David Fayon aux câbles sous-marins.

  • Le site http://www.cablesm.fr/ de l’Association des Amis des Câbles Sous-Marins fourmille de renseignements sur le monde des câbles sous-marins.
  • L’article du journal Le Monde « Ici, nous fabriquons l’Internet qu’on peut toucher » peut être consulté à l’adresse  http://www.lemonde.fr/pixels/visuel/2016/03/10/haut-debit-en-eau-profonde_4880125_4408996.html
  • L’UIT (http://www.itu.int) est l'institution des Nations Unies spécialisée pour les technologies de l'information et de la communication (TIC). Elle a publié de nombreux documents consacrés aux câbles sous-marins. La plupart de ces documents sont téléchargeables gratuitement.
  • Le programme des Nations Unies pour l’environnement a publié en 2009 un dossier complet sur les câbles sous-marins « Submarine cables and the oceans : connecting the world ». Ce document est téléchargeable à l’adresse http://www.unep-wcmc.org/system/dataset_file_fields/files/000/000/118/original/ICPC_UNEP_Cables.pdf?1398680911. Plusieurs pages traitent de l’importance des relevés bathymétriques pour représenter le relief du fond des océans afin de déterminer les meilleures « routes » à suivre.

 

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