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Réflexions autour de la Smart City

Objectif, adhésion des citoyens et positionnement des pouvoirs publics
Smart City

Smart City


Depuis 2008, on observe de profondes mutations dans nos sociétés occidentales. Dorénavant, plus de la moitié de la population mondiale vit en milieu urbain; nous sommes nomades et nos esprits, comme tous les objets qui nous entourent, sont connectés en permanence. Ce triple effet d’urbanisation, d’évolution de nos modes de vie et de digitalisation, impliquent, ou en réalité nous offrent, de nouvelles manières « intelligentes » de gérer les villes. C’est le concept de smart city, dont la Région de Bruxelles-Capitale expose sa vision et ses réalisations sur le portail smartcity.brussels.

Ces mutations sont portées par une telle accélération de l’évolution des technologies de l’information et de la communication (TIC) que l’on parle aujourd’hui d’un nouveau paradigme TIC. Celui-ci se compose des applications mobiles, des réseaux sociaux, de l’Internet des objets, de l’informatique en nuage (« cloud computing ») et de l’analyse de mégadonnées (« big data ») (1). Mais les nouvelles technologies n’impliquent pas seulement l’information et la communication : des avancées exceptionnelles ont eu lieu concernant les panneaux photovoltaïques, l’éclairage LED, les imprimantes 3D et les « laboratoires de fabrication (2) », les voitures électriques autonomes, la robotique, les drones, les gyropodes, etc. Ces nouvelles technologies sont à l’origine d’innovations spectaculaires dans notre manière de travailler, de consommer, de nous déplacer.

De plus, l’assimilation de ces nouvelles technologies par le citoyen se fait à une vitesse sans précédent. L’appropriation de la télévision par les populations des années cinquante a duré presque trente ans, celles de l’ordinateur une vingtaine d’année, et enfin l’usage du smart phone s’est généralisé en moins de cinq ans. On observe donc une évolution technologie exponentielle, initiée par les entreprises mais suivie de manière pro-active par les utilisateurs, qui modifie complétement notre manière de vivre en société, de nous percevoir, de nous penser.

J’adore donner cet exemple relatif à l’analyse des millions de données extraites de nos téléphones mobiles. Celle-ci met en évidence, parmi d’autres, la loi de la gravitation universelle (3). Cette loi nous dit que la durée d’un appel téléphonique entre deux personnes est inversement proportionnelle au carré de la distance entre elles (exactement comme la force d’attraction entre deux objets massifs). Si la distance entre deux correspondants est multiplié par deux, l’appel durera quatre fois moins de temps. On réalise alors avec stupeur que l’analyse de mégadonnées nous renseigne de manière tellement juste, précise et prédictive sur nos comportements, que nos positions philosophiques sur notre libre arbitre ne peuvent qu’en être modifiées en profondeur.

Le contexte étant maintenant posé, trois aspects de la smart city m’interpellent tout particulièrement. L’objectif de la smart city, l’adhésion des citoyens, et le positionnement des pouvoirs publics.

L’objectif de la smart city

Concernant l’objectif, la stratégie mise en place par les smart cities est d’utiliser les nouvelles technologies pour améliorer le fonctionnement de la ville. Améliorer le fonctionnement de la ville se traduit par un meilleur service public envers le citoyen, un meilleur usage des ressources et moins d’impact sur l’environnement. On y retrouve donc en filigrane les trois piliers du développement durable que sont l’humain, l’économie et l’environnement. Pour les promoteurs de la Smart City, c’est en misant sur les nouvelles technologies (le moyen) que l’on pourra répondre aux enjeux du développement durable des villes (l’objectif). Parfois, la réponse technologique ne sert pas toujours au mieux l’objectif de durabilité que l’on se fixe. C’est très clair si l’on se penche sur les KPI (key Performance Indicators) développés pour évaluer les smart cities. L’objectif de la smart city, et donc le KPI associé, est bien la qualité de l’air elle-même, et non l’existence d’un projet de mise en place de senseurs connectés pour des mesures citoyennes de la qualité de l’air. Et il n’est pas besoin de grandes études scientifiques pour comprendre que l’abrogation du système de voitures de société, par exemple, aura plus d’impact sur la qualité de l’air que le projet de senseurs connectés. Le concept de smart city s’élargit ainsi à tous les domaines de la cité, et repose désormais sur une gamme d’outils de plus en plus étendue.

L’adhésion des citoyens

L’adhésion du citoyen est, comme on le lit dans tous les articles sur le sujet, au coeur du développement des smart cities. En réalité, cette implication renvoie à une modification plus profonde de notre manière de vivre ensemble et pourquoi pas à une remise en cause de notre système démocratique actuel. Je suis, pour ma part, une fervente admiratrice du système de votation suisse, qui permet presque tous les trois mois au peuple (notion bizarrement totalement désuète dans nos contrées) de donner son avis, intelligent, sur les grandes décisions prises au niveau de la Commune, du Canton ou de la Confédération. J’ai, par ailleurs, étudié de nombreuses initiatives de consultations participatives dans le cadre de programmes d’urbanisme ou d’architecture. Dans le cadre des projets smart cities, de nombreuses initiatives de cocréation voient le jour en Europe. La grande tendance actuelle, en termes de cocréation, est l’utilisation de « Living Labs ». Le living lab met en place un écosystème d'innovation centré sur l'utilisateur afin de l’impliquer dans le processus de co-création et d’innovation en situation de vie réelle. Cette approche nécessite la participation de toutes les parties prenantes (les fournisseurs de technologies et de services, les acteurs institutionnels concernés, les utilisateurs finaux, citoyens ou entreprises) et une approche multi-méthode (une combinaison de méthodes et d'outils provenant de l’ethnographie, la psychologie, la sociologie, la gestion stratégique, l'ingénierie). Cette démarche d’avenir, passionnante, est bien expliquée sur le site de European Network of Living Labs (http://www.openlivinglabs.eu).

Le positionnement des pouvoirs publics

Enfin, l’adhésion des pouvoirs publics est un défi de taille. Les nouvelles technologies nous obligent, en termes de gestion et d’organisation, à modifier notre trajectoire et nos habitudes par un virage à 180 degrés. En tant que pouvoirs publics, nous sommes plutôt un semi-remoque qu’une petite voiture de sport… Ces modifications profondes doivent être portées par les administrations, qui, dans un contexte légal rigide, sur un territoire de plus en plus complexe, avec une gouvernance en alternance et une situation de sous-effectif chronique, sont particulièrement mal outillées pour du Change Management. La mise à disposition pour tous, de manière gratuite, des données publiques est un bon exemple. Tout le monde s’accorde, à juste titre, pour dire que la donnée est « le carburant de la smart city » et que la mise à disposition de données créera des milliers d’emplois et de revenus indirects pour la Région. La récolte en temps réel, le contrôle de qualité, le nettoyage, la mise en catalogue, la maintenance des données sont des opérations qui demandent du temps et du savoir-faire. Une obligation légale, beaucoup de communication, et des projets orientés comme des Business Case afin de mettre en avant les avantages financiers ou en termes de ressources humaines en interne : voilà les outils à mobiliser.

Pour conclure, le message que j’aimerais faire passer concernant le concept smart city, c’est que malgré la forte connotation technologique, le fil rouge c’est le citoyen; que les changements et les défis sont énormes, mais excitants et pleins de potentiels; qu’il existe de nouvelles manières de faire intéressantes, ayant déjà fait leurs preuves dans d’autres grandes villes européennes, et qu’il faut s’en saisir.

 

(1) Citizen-Driven Innovation. A guidebook for city mayors and public administrators, World Bank and the European Network of Living Labs.

(2) Un « fab lab » (contraction de « fabrication laboratory ») est un lieu ouvert au public où il est mis à sa disposition toutes sortes d'outils, notamment des imprimante 3D pour la conception et la réalisation d'objets. Voir, à ce sujet, la charte des fab labs mise en place par le Massachusetts Institute of Technology (MIT). Ils existent 3 fab lab à Bruxelles.

(3) Le Monde, 30 septembre 2015, Big data. Le mobile prend le pouls des foules.

 

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