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La smart city, cité sans fonctionnaires ?

Comment nos administrations vont-elles évoluer ?
un fonctionnaire

un fonctionnaire

La smart city et, plus spécifiquement, l’automatisation administrative liée au big data, signifient-elles l’effacement des administrations ou, au contraire, leur redéploiement ? Les fonctionnaires n’auront-ils plus de travail dans les prochaines années ? Ou plutôt, ne travailleront-ils plus de la même manière ni aux même tâches qu’aujourd’hui ? Un fameux défi pour la ville intelligente.


 

Faire la queue, personne n’aime ça. Que ce soit à la caisse d’un cinéma ou au guichet d’une administration, la perspective a beau être plus réjouissante dans le premier cas (quoique, on n’est jamais à l’abri d’un navet), c’est du temps perdu. Et nous sommes d’autant moins enclins à laisser s’échapper ces si précieuses minutes lorsqu’il s’agit de nous adresser à une administration.

Dès la porte de la maison communale (c’est un exemple) franchie, plus d’un citoyen parfaitement anonyme se transforme illico en Super-Impatient. Hulk s’énerve tout vert ; eux voient rouge. Que la timide stagiaire préposée à l’accueil confonde l’étage de l’état civil et celui des travaux publics et c’est déjà l’escalade. C’est bien simple : une administration serait, par définition, ce creuset malfaisant de l’incompétence, du népotisme, du parasitisme et de tant d’autres tares qui « mènent notre civilisation au désastre » et la « nivellent par le bas ». Et cela, qui plus est, aux dépens des « vrais » travailleurs via les impôts forcément confiscatoires.

Rassurons donc ces ronchons (que nous sommes tous, confessons-le) : bientôt, la transition numérique aura exterminé cette sangsue tentaculaire (comme monstre, ça la pose un peu !) que serait le service public. D’ailleurs, dans 20 ans, la moitié environ des métiers connus aujourd’hui aura disparu sous les coups de boutoirs de l’automatisation comme le veut la prédiction établie par des chercheurs de l’Université d’Oxford dans leur étude « The future of employment: how susceptible are jobs to computerisation? ». Pourquoi donc l’administration échapperait-elle à cette extinction annoncée des fonctions ?

Le big data, nouveau cap

La smart administration prend en effet une tournure de plus en plus concrète. L’informatisation des services publics, ce n’est plus – depuis longtemps – mettre des ordinateurs à la place des machines à écrire. Le cap qui se présente aujourd’hui, c’est celui du big data. On le sait bien : la puissance publique, de l’État aux communes, est assise sur un gisement de données qui nous concernent jusqu’au cœur de notre intimité et de notre vie privée. Elle exploite déjà ces données pour administrer son action – autrement dit délivrer des prestations aussi diverses qu’établir une carte d’identité, déterminer le droit à une prime à la rénovation ou rembourser des frais de santé.

Mais, comparativement au potentiel de ce gisement de données, l’État fait encore figure de modeste orpailleur outillé d’un tamis troué. Le big data, à côté, c’est la mine d’or à ciel ouvert où fourmillent des dizaines de bulldozers. On avance, cependant : le modèle du guichet électronique IRISbox – qui permet déjà de s’économiser les crises de nerfs dans les maisons communales évoquées plus haut – n’est encore qu’une reproduction – certes efficace – des procédures existantes. Un pas plus loin, le nouvel intégrateur de services régional Fidus pose les premiers jalons vers la circulation des données entre administrations. Votre enfant entre à l’Université ? Par une interrogation automatisée des données dispersées entre administrations, son inscription devrait suffire à débloquer la bourse d’études à laquelle il peut prétendre.

Ce service public personnalisé est l’un des « 4P » mis en évidence par Elisabeth Grosdhomme Lulin, experte en innovation et ancien haut fonctionnaire auprès des cabinets des Premiers ministres Balladur et Juppé en France, dans son étude « Gouverner à l’ère du Big Data, Promesses et périls de l’action publique algorithmique », publiée par l’Institut de l’Entreprise. Les trois autres « P » étant : la prédiction, la prévention et la participation.

« Créer des citoyens … pas des usagers, ni des clients »

Où cela nous mène-t-il ? Et comment nos administrations vont-elles évoluer ? L’auteure, loin du libéralisme – souvent débridé pour ne pas dire ultra – de l’Institut de l’Entreprise, paraphrase à ce sujet l’économiste Peter Drucker, père de la formule « There is only one valid definition of a business purpose : to create a customer » pour écrire : « Le but de l’action publique est de créer des citoyens. Pas des usagers, ni des clients, mais des citoyens. »

Parallèlement, quelles seraient les fonctions de l’administration publique dont on peut prédire l’extinction ? Logiquement, il s’agira des postes où la créativité et l’intelligence humaines trouvent le moins à s’exercer, en raison de tâches répétitives. On en trouve quelques exemples dans ce graphique illustrant la probabilité que votre emploi disparaisse dans les 20 prochaines années selon l’étude des chercheurs d’Oxford. Tout en haut de l’échelle de risque, le rôle des dinosaures est endossé par des jobs comme secrétaire ou employé des postes (mais aussi mannequin voire pilote d’avion : fini de rêver…) ; tout en bas, les gagnants de ce nouveau darwinisme sont les fonctions qui résisteront le mieux à l’automatisation, vers lesquelles donc vous devriez pousser votre enfant : les professions de la santé mentale, les responsables d'atelier et les thérapeutes récréatifs.

Pour que l’extinction des métiers ne soit pas synonyme de raréfaction encore accélérée des emplois, comme c’est massivement le cas depuis la fin des années 60 suite à l’explosion de la productivité tant dans l’industrie que dans les services, n’est-il pas temps d’accompagner sérieusement ces changements ? La proposition d’une fonction publique qui « crée des citoyens » pourrait être le point de départ de cette révolution autrement copernicienne que celle proposée en son temps pour l’administration fédérale. Hélas, les débats clivés autour de la fonction publique et des services qui l’accompagnent, encore une fois illustrés à l’occasion des grèves des cheminots de janvier, n’incitent pas à l’optimisme.

Poncelet Jean-Marc
Poncelet Jean-Marc a écrit :
15/01/2016 12:15

Je comprends pas ce que cela veut dire "Créer des citoyens". Le digital et ses nombreuses possibilités offrent en effet de fabuleuses possibilités d'automatisation tout en rendant de meilleurs services. Il est évident que les jobs plus administratifs sont les premiers condamnés. C'est valable à la fois pour les administrations publiques comme pour les entreprises privées. Ce qu'il ne faudrait pas, c'est que sous couvert de protection de jobs, on s'empêche de faire évoluer les processus et les services pour répondre en effet à des citoyens, devenus de plus en plus exigeants. Ce qui est normal. Qui veut encore au 21eme siècle devoir prendre congé pour aller chercher un document dans une administration? Comme dans tous les secteurs, il va falloir être flexible. Nos enfants feront sans doutes des dizaines de jobs et jusqu'à un âge avancé.De plus en plus de personnes mixeront des jobs rémunérés avec d'autres peut-être à titre bénévole. Il est temps pour moi de poser la question du revenu universelle et il est également temps d'encore accélérer un tax-shift car le but d'un système politique et démocratique doit être le bonheur & l'harmonie de tous ses habitants. Le postulat de départ que le plein emploi est le seul chemin vertueux au bonheur doit être remis en cause d'une manière ou d'une autre.

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