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Enseigner le code informatique aux enfants ou opter pour l’école sans technologie ?

enfants devant des ordinateurs

enfants devant des ordinateurs

Enseigner le code informatique à l’école ? Cette nouvelle revendication se fonde sur l’idée que, pour maîtriser leur environnement numérique et accéder aux emplois de demain, les enfants doivent mettre les mains dans le cambouis informatique. Faut-il, au contraire, suivre l’exemple de certains parents de la Silicon Valley qui inscrivent leurs rejetons dans des écoles… sans technologies ?

A-t-on besoin de savoir ce qui se passe sous le capot de notre voiture pour la conduire ? Oui, diront les nombreux automobilistes arnaqués par leur garagiste. Non, rétorqueront d’autres, sans doute les mêmes qui n’ont jamais vérifié le niveau d’huile de leur moteur et n’y voient aucune utilité. Sans compter ceux qui constatent que, « avec l’électronique, il n’y a de toute façon plus moyen de rien faire ».
La même question se pose en matière d’informatique. Je me souviens du temps où, en secondaire, mon prof de bio tentait de nous inculquer des rudiments de programmation sur un ZX81. Il ne m’en reste en mémoire que cette vague séquence « if » - « then » - « goto ». Je n’ai jamais tenté d’aller plus loin. C’est dire si le cloud computing répond totalement à mes vœux : plus besoin d’aller sous le capot pour mettre à jour mes programmes. Quelle délivrance !

Doutes numériques

Mais, me dira-t-on, c’est précisément le problème : on ne maîtrise plus les machines. On est livré pieds et mains liés à l’arbitraire des informaticiens et de leurs commanditaires. D’où les réticences notamment en matière de vote électronique : on est bien obligé de faire confiance aux résultats produits quasiment en temps réel ou d’accepter d’en revenir au crayon rouge et aux longues files d’attente dans l’isoloir. Aucune solution, en effet, ne me garantira jamais que mon vote a bel et bien été pris en compte. Il restera toujours une part de doute. Ce même doute, en même temps, qui devrait profiter à l’accusé.
Car quitte à douter, pourquoi ne pas appliquer le même scepticisme devant chaque manifestation de la numérisation croissante de nos sociétés ? Au fond, pour ne prendre qu’un exemple, vous recalculez, vous, le décompte des intérêts de votre compte d’épargne sous le prétexte que, comme 7 Belges sur 10, votre confiance en votre banque a fondu comme neige au soleil ?

Code informatique à l’école

Face à cette perte de maîtrise sur notre environnement numérisé, d’aucuns voient dans l’enseignement du code informatique à l’école le salut des futures générations. En France, 87% des parents se déclarent favorables à l’enseignement du code, avec comme motivation première « un meilleur usage personnel des nouvelles technologies, analyse Bruno Vanryb, président et cofondateur d’Avanquest Software. Il y a ensuite un intérêt professionnel : le secteur du numérique est un des secteurs économiques les plus dynamiques… et en manque de personnel qualifié. Il est évident que familiariser les jeunes à ces compétences dès leur plus jeune âge, permettrait leur meilleure insertion professionnelle ».

Faut-il, donc, intégrer du programme dans les programmes ? C’est, déjà, le choix de l’Estonie et de la Grande-Bretagne, ainsi que l’ambition de la France. Ne faut-il y voir qu’une logique utilitariste de l’école ou plutôt un enrichissement des apprentissages ? Cela vaut-il mieux qu’enseigner à nos enfants, plus modestement, à se servir d’un traitement de texte ou d’un tableur, ces outils qu’ils manipuleront tout au long de leur carrière  professionnelle, plus sûrement qu’ils ne deviendront programmeurs ?
Et que penser de ces initiatives visant à se passer de l’apprentissage de l’écriture cursive pour les plus jeunes élèves, à l’instar de ce qui devient une pratique généralisée aux États-Unis et aurait été décidé en Finlande ? Ou plutôt n’aurait pas été décidé, en tout cas pas de manière aussi tranchée. Ce qui nous ramène à une autre éducation, à ce réflexe ô combien salutaire : vérifier l’information et recouper les sources, qui devrait inspirer chacun à tourner sept fois sa main au-dessus de son clavier avant de vitupérer sur les réseaux sociaux la folle inconséquence du monde politique. Car, oui, « les enfants finlandais continueront bien à écrire à la main... » comme, entre autres médias, la RTBF l’a très utilement rappelé.

Les TIC ont-elles leur place à l’école ?

Les TIC, cependant, ont leur place à l’école. Notamment parce que les enfants y trouvent matière à se passionner pour la matière enseignée, ce qui n’est pas une motivation mineure. Un sondage a montré que les élèves français plébiscitent le numérique à l’école : 84% d’entre eux y trouvent un adjuvant à leur participation, 87% à l’efficacité scolaire et 96% à l’attractivité des cours.  De nombreuses études plaident pour intégrer le numérique dans les apprentissages. La pédagogue  américaine Cathy Davidson justifie par exemple d’abandonner la dissertation au profit du blog, ayant observé que les élèves pratiquent davantage le copié-collé dans la première que dans le second !
Si le concept de digital natives est désormais contesté ou relativisé, n’est-il pas étonnant de voir avec quelle facilité les jeunes s’approprient Internet ? En témoigne l’expérience menée, en 1999 déjà, par ce professeur d'informatique à New Delhi, Sugata Mitra, qui lui permit de mettre en lumière l’étonnante capacité d'auto-apprentissage des enfants face à un écran. Sugata Mitra eut en effet l’idée d’enchâsser un ordinateur dans le mur d’un bidonville et fit l’observation que quelques heures suffisent aux enfants pour apprendre à naviguer sur Internet.

Dans la Silicon Vally, exercice de labour dans l’école low-tech Waldorf

Paradoxe : au sein-même de la Silicon Valley, biblique pour les geeks, les parents préféreraient les écoles bannissant la présence de l’informatique, à l’instar de la Waldorf School de Los Altos visitée par le New York Times qui explique : « The school’s chief teaching tools are anything but high-tech: pens and paper, knitting needles and, occasionally, mud. Not a computer to be found. No screens at all. They are not allowed in the classroom. » Et le journaliste Nick Bilton n’a-t-il pas recueilli cette confession de Steve Jobs que « ses enfants n’avaient jamais utilisé l’iPad » ?
Il y a sans doute en cette matière, comme en tant d’autres, un juste milieu à adopter ainsi que, plus fondamentalement, une réponse à trouver à la véritable question que pose l’intégration des TIC à l’école : ne serait-il pas temps, enfin, de redéfinir la pédagogie et le rôle de l’école, indépendamment des outils qu’elle utilise ?

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