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Comme si la technologie était créatrice de bonheur

Le web, source d'épanouissement ?

Un proverbe danois clame que celui qui ignore que son lit est dur dort bien. Transposé dans le domaine des consommables IT, celui qui ignore qu’un appareil existe se contente de ce qu’il a et ne s’en porte d’ailleurs pas moins bien. Peut-être les agriculteurs d'antan rêvaient-ils d’une machine qui faciliterait leur travail manuel; mais de là à ce qu'ils aient imaginé la moissonneuse batteuse, il y a sans doute de la marge.
Il ne faut pas pour autant être réfractaire aux évolutions technologiques. Mais se poser la question de la présumée valeur ajoutée d’un produit pourrait révéler dans bien des cas qu’en réalité celui-ci n’améliore que de manière marginale voire en rien du tout la vie de ses utilisateurs, et que ses créateurs auraient donc été bien inspirés de ne pas l’imposer à l’humanité.
Entre l’inutile, le futile, le frustrant et le superflu, le bonheur a du mal à trouver sa place. Et pourtant, nous achetons tous, le cœur battant, toute une série de bidules high-tech inventés par des gens bien-pensants, convaincus que leur invention va changer la vie de leurs contemporains. Changer, oui; améliorer, pas sûr. Pour peu qu’un produit soit créé dans une démarche altruiste, franchir le pas de sa commercialisation correspond dans la plupart des cas à une dynamique financière plutôt égoïste. L'Avoir conditionne désormais l'Être, jusqu'à parfois l'éclipser.
Une dépendance croissante à une multitude d’appareils et à leurs usages divers est à l'origine de nouveaux maux identifiés par de clinquants termes savants, tels que la «nomophobie». La satisfaction perçue à l’utilisation de l’un ou l’autre de ces générateurs d'illusions peut être éclipsée par une série d’effets pervers, sources de stress et d’angoisses. «Et si jamais personne ne retweete mon dernier selfie?» Ou encore : «Ils n’ont même pas liké mon dernier post».
La maîtresse absolue de la conscience humaine numérique est l'instantanéité. À tout moment, chacun doit savoir ce que l'on a, où l'on est, ce que l'on y fait, avec qui et comment, le tout photos, vidéos et géolocalisation à l'appui (le pourquoi n'y a par contre pas sa place; il est communément admis que les raisons sont implicites et ne doivent dès lors pas être justifiées). Nos relations doivent y réagir de manière aussi immédiate que possible, au moyen d'un like et agrémenté le cas échéant d'un comment, et impérativement avant l'update suivant, qui rendrait alors décalée, obsolète et honteuse toute réaction tardive à la publication initiale. Le jugement des pairs ne se conçoit qu'accompagné d'enthousiasme et d'admiration béats: un dislike ferait naturellement tache; on est friends ou on ne l'est pas. Une réaction inappropriée ou même une absence de réaction, révélatrice de nonchalance voire d'infidélité, pourra être sanctionnée d'un unfriend ou unfollow, ceci dans le meilleur des cas. Ne pas se conformer aux us et coutumes numériques est synonyme d'anormalité, ce qui légitime alors toutes brimades et humiliations à «l'e-pilori».
Le web et ses espaces sociaux (on dit «social» parce qu’il n’y a pas d’adjectif à «avaloir») forment ainsi le plus formidable réceptacle mondial de néant. Faute de réaliser leur existence dans la vie réelle, des milliards d’individus tentent de pallier leur insignifiance à travers le web en manifestant leur présence sous n’importe quelle forme, pourvu qu'ils aient droit à quelques secondes de nano-gloire universelle.
Sur les réseaux sociaux et les forums, le futile est érigé en religion, le mépris et la haine sont sources de surenchères abjectes, les prêchi-prêchas gnangnans déversent leurs lots de lieux-communs, le tout oscillant entre narcissisme, exhibitionnisme et voyeurisme, entre défouloirs et lynchages virtuels, entre banalités et exploits de basse-cour.
Le web, un outil fondamentalement génial, mais qui, au-delà du pourcentage infime d'outils utiles et d'informations relevantes que l'on peut détecter dans le magma qu'il charrie, ne constitue en aucune façon une source d'épanouissement.

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