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ORBIS… tous les chemins partent de Rome

Une perle à découvrir sans tarder, par Bélénos !
page d'accueil d'ORBIS

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Lorsque la sortie du dessin animé « Le Domaine des dieux », tiré d’un des albums les plus savoureux de la saga d’Astérix le Gaulois et de son compagnons Obélix, a été annoncée, je me suis écrié avec enthousiasme : les revoilà enfin, par Toutatis !

Mais au-delà des aventures de nos deux héros, je retiens une image particulièrement saisissante qui apparaît au début de chaque album. Cette image montre en pleine page une carte de la Gaule transpercée par une enseigne de légionnaire romain. Même si la résistance de quelques irréductibles gaulois a pu contrarier Rome, ce dessin illustre à merveille la mainmise de la cité impériale sur les territoires conquis.

À l’école, on nous avait expliqué que cette conquête ne s’était pas faite de manière désordonnée. Pour illustrer cela, on nous avait parlé des chaussées romaines comme celle qui reliait Bavay à Cologne, en mettant en évidence leur tracé rectiligne. On nous avait précisé que cette chaussée s’inscrivait dans un vaste réseau de communication qui avait permis l’expansion de l’empire. Cependant, à part quelques cartes à très petite échelle qui figuraient dans nos manuels scolaires, je ne me souviens pas d’avoir vu une représentation précise de ce réseau.

Plus tard, avant de devenir géomètre, j’ai appris que les romains avaient perfectionné les techniques d’arpentage pour borner et cadastrer les territoires conquis. Ils mettaient ainsi en œuvre l’adage selon lequel si tu veux connaître un pays, tu dois d’abord le mesurer. Pour accomplir cet objectif, les arpenteurs romains commençaient par orienter et implanter deux grands axes perpendiculaires - le decumanus maximus et le cardo maximus – qui servaient ensuite à organiser un découpage systématique du terrain préalable à son urbanisation. Des traces de cette organisation persistent dans beaucoup de nos villes. Les quadrillages qui résultaient de ces travaux pouvaient couvrir des zones de plusieurs dizaines de kilomètres carré. Toutes ces opérations étaient réalisées avec des instruments de mesure et avec des moyens de calcul qui paraissent bien dérisoires à l’heure du GPS.

Malgré toutes ces connaissances, il manquait, selon moi, une image concrète permettant d’appréhender la logique du tracé des voies de communication  au sein de l’empire romain. La réponse est venue de l’Université de Stanford qui a conçu le projet ORBIS (le monde en latin). Ce projet se présente sous la forme d’un site internet développé par des chercheurs provenant de diverses disciplines (histoire classique, géographie, informatique…).

Comme Google maps pour notre monde contemporain, ORBIS permet de voyager à travers l’empire romain et de calculer des itinéraires d’un point à un autre en se basant sur différents types de données (sites et voies de communication) et en fixant certains critères pour les déplacements (type de voyageur, saison, type d’itinéraire…).

Au lancement du projet, en 2012, le réseau était constitué de 632 sites historiques identifiées par leurs noms latins, dont 301 représentaient des ports. Tous ces sites sont reliés entre eux par des lignes qui symbolisent non seulement des routes terrestres représentant environ 84.500 km mais aussi des voies navigables sur mers et sur divers cours d’eau. Ce réseau permet ainsi de calculer des déplacements multimodaux. Parmi les critères à la base des calculs, il est possible de choisir la saison à laquelle on envisage le déplacement ainsi que le mode de transport. Celui-ci s’exprime par le nombre de kilomètres susceptibles d’être parcourus en une journée. Le système permet également d’introduire un niveau de priorité : chemin le plus rapide, le plus court ou le moins cher. À la fin des calculs, le site affiche l’itinéraire parcouru ainsi qu’une estimation du temps nécessaire pour effectuer le voyage. Les résultats sont accompagnés de différents graphiques et il est possible d’exporter les données vers d’autres logiciels.

Le réseau couvre l’ensemble du territoire de l’empire tel qu’il existait aux alentours de l’an 200 après J.C. Sur un axe Est/Ouest, il s’étendait à cette époque de l’extrémité occidentale de l’Espagne à l’extrémité orientale de la Mer Noire et du Nord de l’Angleterre aux côtes de l’Afrique du Nord sur un axe Nord/Sud.

La réalisation d’ORBIS a été rendue possible par l’exploitation de données provenant d’un magnifique atlas, le « Barrington Atlas of the Greek and Roman World », réalisé sous la direction de Richard J. A. Talbert et publié en 2000 par les éditions de la prestigieuse Princeton University.

Deux universitaires français ont illustré et commenté de manière ludique le fonctionnement d’ORBIS dans un article publié en ligne dans la revue Mappemonde. Ils y décrivent comment ils ont simulé le périple d’Astérix et Obélix à travers la Gaule tel qu’il est raconté dans l’album « Le Tour de Gaule d’Astérix ». Pour rappel, le défi, pour nos deux compères, consiste à franchir la palissade qui boucle le village gaulois pour ramener, après avoir fait un tour de Gaule, les spécialités gastronomiques de 12 villes différentes. Selon nos deux chercheurs, ce défi a pu être accompli en +/- 80 jours.

Dans un autre registre, on pourrait très bien simuler, me semble-t-il, l’itinéraire emprunté par Hannibal avec son armée et ses éléphants pour assiéger Rome en partant d’Espagne et en passant par les Pyrénées et les Alpes afin d’obtenir une estimation réaliste de la durée de cette expédition extraordinaire.

Si un voyage dans le temps vous intéresse, ORBIS constitue un moyen idéal pour découvrir de manière interactive l’empire qui s’est constitué au départ de Rome, voici plus de 2.000 ans. Et si, après cela, vous souhaitez vous détendre un peu, n’hésitez pas à vous précipiter vers le cinéma le plus proche (Google Maps pourra vous y aider…) pour visiter virtuellement, en 2D ou en 3D, « Le Domaine des dieux » en compagnie d’Astérix et Obélix, de leurs acolytes gaulois et de leurs adversaires romains

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